Notre propos n’est pas de nous intéresser à nos véritables adversaires identifiés -il nous reste de longues semaines pour mettre en exergue leurs failles et leurs contradictions- mais à ceux que l’on aurait aimé qualifier de « nos amis ». Ceux dont la ligne politique manque, pour les gens dotés de bon sens, d’une réelle lisibilité et nous laisse perplexes.
Mais il est vrai que pour gagner le palais de l’Elysée tout est permis ou presque !
Cet ami, une sorte d’oncle de province des temps modernes ou de « Monsieur Hulot » revenu de vacances, élu depuis 1988, c’est François Bayrou : le champion de la nouvelle UDF. L’homme qui, s’il n’existait pas, il ne faudrait surtout pas inventer !
Car cet homme, comme frappé de folie, et en principe classé à droite, tire à boulets rouges sur une majorité qui lui a permis d’exister.
Réélu sans interruption depuis cette date (presque 20 ans), il vient de découvrir que le système ne fonctionnait pas ; bref, que notre chère république souffrait de tous les maux et que sans lui notre pays ne pourrait que sombrer dans un abîme sans fin.
Toujours, si l’on en croit le fameux député des Pyrénées, la France ne serait plus qu’un pays livré aux bandes et aux coquins, un pays qui broierait quiconque s’opposerait à son mouvement, un pays où l’alternance serait confisquée par deux grands partis ne laissant pas grand chose (un groupe à l’assemblée quand même !) aux autres.
Son analyse, développée lors de la dernière Université d’été, est fort pertinente : son diagnostic est excellent, mais se révèle plus que tardif.
Les maux qu’ils pointent ne sont pas récents et il aurait été judicieux de les dénoncer et de s’y atteler plus tôt, notamment en ce qui concerne l’Éducation Nationale dont il fût ministre : qui s’en souvient et qui le lui rappelle ?
Faire ce constat après tant d’années relève soit d’une grande naïveté soit d’une erreur d’orientation professionnelle !
Heureusement que son équipe est solide et fleure bon le renouvellement !
On l’envie d’avoir en son sein un député qui confond son mandat national avec celui de conseiller général de la vallée d’Aspe et qui, par sa grève de la faim, donne une image pitoyable de notre pays ou plutôt qui l’entretient.
Comme Bayrou, sorte de Rastignac au petit pied, est bourré d’idées nouvelles, il n’hésite pas à refaire le jeu de l’ouverture, imitant ce que Mitterrand avait déjà réalisé en 88 avec le succès que l’on sait : s’afficher avec des deuxièmes couteaux en mal de reconnaissance !
Deux personnalités indiscutables avaient été invitées à La Grande Motte : Michel Barnier et Michel Rocard.
L’un et l’autre ont en commun d’avoir subi les irréparables outrages de la politique en ayant été remercié sans ménagement et sans raisons apparentes. L’ancien Premier Ministre était même désigné en 80 comme le challenger de Valéry Giscard d’Estaing : l’histoire fût autre.
Quant à Barnier, son expérience comme Commissaire Européen n’avait pas pesé lourd face au maire de Toulouse dont le succès en politique reste un mystère.
François Bayrou aurait-il réussi son coup en laissant venir à lui des personnes de premier plan ? On doit en douter : ils sont venus, c’est certain, mais l’un pour faire l’éloge de Nicolas Sarkozy dont il est un proche conseiller, tandis que l’autre se penchait naturellement vers Marie-Ségolène Royal !
Une sorte de « remake » d’un mauvais western de série B. François Bayrou se prendrait-il pour Ronald Reegan ? !
Pour exister, il lui faut prendre des postures et se chercher des « référents ».
Alors, il décide de ne pas voter la confiance à Dominique de Villepin, en sachant fort bien que le groupe UMP ayant la majorité absolue, son geste était surtout symbolique.
Les électeurs de la majorité parlementaire qui ont voté pour les élus UDF apprécieront cette trahison : vous avez dit, faire de la politique autrement ?
A La Grande Motte, il évoque Raymond Barre qui défendait l’État impartial et aussi VGE, dont la victoire sur le fil en 74 reste pour lui un souvenir inoubliable.
En revanche, plus aucun penchant pour Tony Blair, cannibalisé par Mme Royal !
Puisqu’il parle de ces années Giscard (qui ont accéléré notre venue dans le monde de l’étatisme triomphant), nous aurons l’impudeur de lui rappeler le score que faisait l’ancien Président pendant ces années rêvées : 32% au premier tour en 74, 27% en 1981…..
Quant à Barre, il fédérait 18% d’électeurs en 88 !
En trois générations d’hommes politiques, on est passé de l’aigle puis au faucon pour terminer par... Bayrou
6,81% en 2002, ça casse, non ? Hé bien non, car figurez vous que le candidat de la « nouvelle UDF » (sic !) est persuadé que 2007 sera son heure. Ce n’est plus « l’homme qui voulait être roi », c’est désormais « la marche de l’empereur ».
Il ne part pas au combat pour faire de la figuration, même honorable, mais pour gagner… et le pire c’est qu’il en est totalement convaincu !
Il est des femmes qui sont mauvaises conseillères, n’est pas Marie-France Garaud qui veut !
Moins de 10%, est-ce une base solide pour soutenir des réformes avec un électorat aussi clairsemé ?
Beaucoup de bruit et de gesticulations pour rien ?
La véritable question à se poser est : que recherche Bayrou ?
En aspirant, non pas à la rupture mais à « autrement » il s'engage dans un
chemin qui ressemble à « l'ailleurs » qu'ont déjà visité de nombreux
hommes
politiques avant lui et dont aucun n'est encore revenu.
En ne répliquant pas à sa décision de présenter des candidats UDF face aux
candidats UMP lors des prochaines législatives, Nicolas Sarkozy mise sur une
union encore possible et présente Bayrou comme un diviseur.
De son coté, en cas d'échec du camp modéré en 2007 aux deux échéances, le
chef de l'UDF fait un pari: celui de se trouver en chevalier blanc en
2012,
mais aussi de ressembler à ceux dont il critique, avec raison, la
gouvernance.